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Minitel


Un petit bruit attira mon regard. Je m'approchais d'un bureau poussiéreux, je le vis, là, à terre, entre 2 cartons éventrés. C'était un Minitel abandonné, écran terne, il avait une drôle de touche, surtout son clavier.
Il geignait doucement, "Hiiriri"; Il baudait en Video-text, une langue que je connais mal. Je jetais un coup d'oeil par ses petites ouïes (pas très propres), je ne vis qu'une poignée de circuits intégrés, de condensateurs maigrichons. Dysnutrition chronique, le fameux syndrome du bide-vide.
Je lui lançais un "Hello" en ASCII, ma langue maternelle. Il me regarda d'un air triste, il était tellement à plat, qu'on aurait dit un TO7 !

Je lui dis : "36 14", il se racla le tube et me répondit:
-"Bienvenue sur Tel 2"
-"Qui es-tu petit Minitel fatigué ?"
-"Je m'appelle Telic Alcatel, et j'ai perdu ma maman"
Un bruit violent me fit tourner la tête, je ne pus terminer mon geste:
un éclair gris me frappa entre les deux gros orteils.
- "HWaoooouu" dis-je en me relevant avec peine.

Un énorme Minitel se tenait devant moi, c'était la maman de Telic. Elle était obèse, fumante, elle avait des varices, une mauvaise haleine et du poil au clavier. Elle était furieuse, elle devait penser que j'en voulais à son petit. Elle chargea à nouveau, je pus éviter son assaut. Elle frappa le vide, et d'un geste rapide elle s'empara de son rejeton et s'enfuit dans les couloirs. Je me relevais péniblement; par terre, il y avait quelques transistors, tout chaud, elle saignait, elle était blessée. Je suivis sa trace, toute fraîche, c'était facile, ca me rappelais mon service militaire, j'avais servi 2 ans lunaires dans le peloton pathfinder du 3eme Blade-runner.
Je traversais en trombe quelques pièces sombres, la Tel saignait de plus en plus, il y avait des résistances, des transistors partout, par terre, sur les murs. Soudain, je butais sur Telic. Il était immobile, il haletait et avait du mal a retrouver son souffle. Sa mère l'avait abandonné, mais elle ne devait pas être bien loin. Je suivis une grosse flaque de transistors.

Dans un gros trou du mur où chante le vent du Nord
Accrochant follement son écran et son or
C'est une petite pièce qui mousse de rayons
Un Nitel allongé baigne dans le cresson
Il dort, là, étendu dans l'herbe, sous les cieux,
Pale dans son lit noir où la lumière pleut
Ses circuits intégrés se sont tus et sont froids.
Il dort sous les néons, la prise sur le clavier,
Tranquille. Il a deux trous noirs au côté droit.
(merci Arthur)

En période froide, il ne faut pas tirer les Minitels, surtout quand ils ont des petits.

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Dr Jean-Louis TORRE

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31/10/00